« Ma génération - celle des années soixante-dix, a été la première à quitter l'Éthiopie, pour venir étudier en Europe. Le but était très simple : nous voulions rapporter - tel Prométhée - la lumière, le feu, la modernité pour transformer le pays.

Mais il ne nous est plus possible d'y revenir désormais. Tant de choses ont changé. En même temps, nous nous sommes installés dans une société qui ne veut pas vraiment de nous. Voilà, je suis sans lieu, sans attaches, ni d'ici ni de là-bas. Teza est donc né de ce déracinement et de ce ballottement incessant entre deux mondes. »

Haïlé Gérima

« Ma grand-mère était conteuse. Avant même que je n’aie une caméra, elle m’a appris à enflammer mon imagination. Des nuits entières, je restais assis au coin du feu, imaginant dans ses moindres détails les histoires qu’elle racontait.
Mon père, un dramaturge, m’emmenait avec lui au théâtre, un peu partout en Éthiopie. J’ai grandi ainsi, avec des histoires et des chansons qui, plus tard, ont nourri et forgé mon travail. Sans cet « héritage », sans cette toile de fond, Teza n’aurait pas la même richesse ni la même saveur.

Avec ce film, je raconte une histoire que je connais bien et que j’ai souvent pu observer : l’histoire d’Africains dont les vies sont disloquées au gré d’événements historiques complexes et imprévisibles.
Ainsi en est-il d’Anberber, le héros de Teza, qui, retournant dans son village d’enfance, pense y apporter – tel Prométhée - le progrès par sa connaissance de la médecine. Or il se trouve confronté à une réalité qui le dépasse complètement. Il cherche alors refuge dans les souvenirs de sa jeunesse – quand la prospérité et l’épanouissement étaient au rendez-vous, comme par magie.
Teza est donc l’histoire d’un homme cherchant à se réconcilier avec son passé, ses rêves et ses espoirs, ceux-là même qui appartiennent à la mémoire collective de toute sa génération.

L’Éthiopie d’aujourd’hui m’est totalement étrangère. Elle n’a plus rien à voir avec la terre que j’ai connue, généreuse et abondante, pleine de promesses. Et donc ce contraste saisissant entre le pays de mon enfance et ce qu’il est devenu devient l’enjeu même du film.
Pour autant, Teza n’est pas la célébration nostalgique d’un prétendu âge d’or perdu. Bien au contraire. Ainsi, Anberber finit par comprendre qu’il n’a pas d’autre choix que de confronter à la réalité concrète les idéaux auxquels il a cru - quitte à ce que cette confrontation nécessaire remette en cause ses souvenirs les plus chers.

Traiter de thèmes comme l’identité, l’émancipation, la mémoire, fondent ma vision de ce que le cinéma indépendant devrait être. Raconter une histoire à partir de destins individuels, c’est donner à chacun une place dans l’Histoire.
Procéder ainsi, tout en honorant les combats menés par nos ancêtres, est essentiel pour s’assurer que les générations futures pourront créer leurs propres modèles en toute connaissance de cause. L’histoire, la culture et la qualité de vie de tous les peuples venus d’Afrique me préoccupent énormément, mais par-dessus tout, c’est le respect de leur humanité qui me motive en tant que cinéaste. »

Haïlé Gérima